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14/07/2012

Rome (HBO) 2 : Les nombreux mystères de Cybèle

Nous retrouvons la série Rome de HBO

Dans le début de la série, Attia invoque la protection de Cybèle dans une cérémonie qui a été dénommée Fossa Sanguinis… cela se passe de traduction, surtout si l'on voit l'extrait en question :


S'il est certain que les disciples de la Déesse-Mère pratiquaient le Taurobole ou sacrifice de bovins, ainsi autel taurobolique,cybèle,lyonque l'attestent de nombreux autels de sacrifice (tel celui du Musée Gallo-Romain de Lyon) trouvés par les archéologues, en revanche la cérémonie telle qui montrée ainsi… est historiquement attestée en même temps qu'elle est fausse.

Je m'explique : la seule description de taurobole est due à Prudence, auteur chrétien, vers 400 après Jésus-Christ — autrement dit, une génération après la disparition à peu près complète de ce type de sacrifice. Et la scène du fidèle — ou du prêtre selon — arrosé de sang semble bien être une pure invention littéraire chrétienne, destinée à bien démarquer l'horreur du "baptème" païen, de la pureté de celui des chrétiens. Dans la réalité, on se contentait de saigner un animal, et de laisser le sang couler au sol, en offrande aux dieux souterrains — ce qui n'est déjà pas mal pour les âmes sensibles. Cette invention littéraire étant devenu, comme souvent, une vérité prise au pied de la lettre… les auteurs de la série ont donc fait une erreur historique, mais une erreur qui relève, en fait, d'une tradition bien établie avant eux.

Oh, le Culte de Cybèle était assez folklorique, par ailleurs. Ses prêtres, des non-romains connus sous le nom de Galles (galloï en grec) s'auto-émasculaient pour la fête de printemps, offrant leurs attributs virils à la Déesse-Mère, et parcouraient la ville en hurlant, drogués jusqu'aux yeux, avant de jeter lesdites parties dans une maison. Ce qui était censé être un grand honneur pour la demeure ainsi sanctifiée… si, si je vous assure…

On a pensé pendant longtemps que les bâtiments en ruine au-dessus des théâtres de Lyon correspondaient à un Temple de Cybèle. Il faut oublier cette thèse qui a vécu — en fait, le consensus archéologique actuel identifierait ces murs comme les restes de la demeure du préteur (de prae itores, "celui qui marche devant", ou gouverneur militaire). Nettement moins folklorique, vous ne trouvez pas ?cybele.jpg

22/03/2012

Rome (HBO) 1 — Quand Conan le Barbare rencontre Lucien Jerphagnon

51MFQBY314L._SL500_AA300_.jpgS’il y a eu une série historique à voir dans la décennie écoulée, c’est celle-ci. Je n’exagère pas, rarement on aura atteint une telle excellence au niveau décors, acteurs, dialogues et situations. Rome, C’EST Rome, si l’on me passe l’expression. C’est la Rome antique à laquelle on a redonné vie. Personnellement, c’était comme si toutes mes lectures sur Rome et l’Antiquité (et depuis le temps, il y en a un certain nombre…) s’incarnaient en un tout cohérent. J’ai aussi été surpris par les décalages, bien sûr, quelques libertés prises avec l’exactitude sociale, historique. Surpris, mais pas choqué.

(Je reviendrai en détail sur certains éléments de la série, sur des scènes ou des personnages qui me semblent importants à ce point de vue : Atia et le Culte de Cybèle, etc…)

 

Dans mes quelques recherches sur la série, je suis tombé sur cet article sévère du Monde Diplomatique, signé d’une universitaire, Florence Dupont. A la lecture de cette critique au vitriol, j’ai été frappé par le décalage entre les attentes universitaires, et ce qui me semble relever des nécessités de la dramaturgie. Oui, la série est, au sens strict, sur la forme, fausse. Mais ma perception est que l’esprit, lui, est en bonne partie là. Et ce n’est déjà pas mal.

 

Je ne rentrerai pas dans le débat, de suite, entre une restitution stricte des évènements (le travail des historiens), et une intrigue romancée. La bonne fiction historique, procède idéalement d’un compromis réussi entre ces deux pôles opposés.

 

Avec tout le respect que j’ai pour l’Université, je pense que Mme Dupont demande ici à un cerisier de donner des fraises. 

Je citerais Lucien Jerphagnon, dans l’introduction de son livre Histoire de la Rome Antique (Hachette littératures coll. Pluriels) : « Imaginez qu’un dernier être pensant ait fini d’oublier Rome ; alors non seulement Rome aura cessé d’exister, mais elle n’aura même jamais existé. »516ZL9EQI2L._SS500_.jpg

L’enjeu véritable n’est-il pas que, grâce à des séries comme « Rome », la Rome l’antique regagne un peu de couleurs, d'existence ?

Sans des fictions qui tiennent en haleine les « masses », qui leur donne une vision (même imparfaite) du passé, celui-ci est condamné aux Limbes. Ou alors, pour paraphraser Gerphagnon à la suite : la connaissance des classiques est-elle condamnée à devenir l’apanage d’un cercle toujours plus restreint de lettrés ?

En fait, au fond, la fiction historique est, nécessairement, une illusion. Nulle culture ne peut se projeter dans une autre, et ce qu’une société évoque de son passé n’est, souvent, guère autre chose qu’un miroir qu’elle se tend à elle-même. La fiction cherche a priori des solutions actuelles à des problèmes actuels.


La seule nuance réside dans la qualité de l’écriture, l’implication et la sincérité de l’approche. Or, s’il y a une qualité que l’on peut prêter à l’instigateur du projet John Milius (scénariste entre autres d’Apocalypse Now, réalisateur de Conan le Barbare, l’Adieu au Roi…), c’est la sincérité. John Milius, par sa recherche "mythologique", sa réflexion sur le violence qui nous habite, sa fascination pour l'homme débarassé des oripeaux de la civilisation, a impulsé au projet une vision certes sauvage, certes imparfaite… mais, au final, tellement "romaine" dans sa générosité et sa cruauté ?

 

Un extrait de séance au Sénat… en VO, mais je suis un vil snob qui ne regarde les séries qu'ainsi !

On peut reprocher bien des choses à la série Rome de HBO. Mais elle a le mérite indéniable de montrer ce qui n’avait jamais été vu à la télévision jusque là. Et cela seul, sans même évoquer la perfection des acteurs et actrices (Tobias Menzes — si cet interprète de Brutus ne vous émeut pas… David Bamber en Cicéron ; Polly Walker en Atia ; et un Ciarán Hinds inoubliable en César…), cela seul, donc, mériterait les prix innombrables que la série à décroché.

Où, dans un des grands Péplums de la MGM, à t’on vu une séance du Sénat ? Une cérémonie de la religion païenne ? Le peuple de Rome et ses crieurs publics, ses bouchers, sa vie quotidienne ?MV5BMTIwODk0NzQzNV5BMl5BanBnXkFtZTcwOTEzOTc0MQ@@._V1._SY317_.jpg


Ah, nous y reviendrons…