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09/03/2015

20 000 lieues sous les mers… une relecture

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Hier j'étais donc au festival Les Oniriques ce week-end, et partageai le micro avec les sieurs Lionel Davoust et Xavier Mauméjean, sur le sujet suivant : "Verne sous les mers".

Je n'aurais pas l'idée saugrenue de vouloir retranscrire les interventions (fort intéressantes) de mes collègues, mais profiterai de l'occasion pour évoquer quelques impressions que m'a donné la relecture de l'œuvre vernienne "20 000 lieues sous les mers" alors que je préparais mon intervention. Cela me permettra de résumer mon propos pour ceux qui n'était pas là (un grand tort ! ;-) ), et de préciser ce que je n'ai pas eu alors le temps de détailler.

jules verne,verne,nemo,20 000 lieues sous les mers,lamantin,oniriques,meyzieu,mer,océan,écologieCe roman a gardé, disons-le tout de suite, sa faculté de fascination. Oh, bien sûr, les pages et les pages de classifications des poissons, mollusques, hem, comment dire… sont arides (le comble pour un roman sous la mer !) mais la force du roman réside dans le fait que Verne donne, par moments, l'impression de considérer le monde des hommes, la terre ferme, depuis l'extérieur. Outre les merveilles qu'ils recèlent, les océans et les mers sont ici les franges de l'histoire et de la géographie humaines. Une sorte de portrait de l'Humanité en creux.

On est frappé par la précision et l'actualité (pour l'époque) de la documentation vernienne qui permet à l'auteur de projeter une histoire à la fois réaliste, et dont les avancées surprennent par leur côté visionnaire. Bref, la quintessence de l'art de Jules Verne, on n'apprendra rien ici.

Au-delà, la force du roman qui se dégage d'une relecture de l'âge adulte, c'est la douloureuse conscience écologique. Verne n'est pas moralisateur : il décrit, sous bien des aspects, les affres de l'homme face au fait naturel, ses contradictions, ses paradoxes inhérents, entre l'instinct de la chasse et la nécessité de nourriture d'un côté, et la conscience qu'il ne pourra abuser éternellement des réserves de la mer.

jules verne,verne,nemo,20 000 lieues sous les mers,lamantin,oniriques,meyzieu,mer,océan,écologieCe roman est un huis-clos entre trois personnages. Laissons de côté, comme Jules Verne, l'équipage du Nautilus (qui n'a ni nom, et à peine un visage pour le second de bord…), ainsi que le serviteur du professeur (qui n'a même pas l'honneur d'un nom humain, dirais-je, puisqu'il s'appelle… Conseil, et n'a, de manière humoristique tant c'est assumé de la part de l'auteur, aucune volonté propre). Non, ce roman ce joue à trois : le professeur Aronnax, le harponneur Ned Land, et bien entendu le capitaine Nemo.

Vis-à-vis de la Nature, chacun incarne une des attitudes humaines.

Ned Land, la destruction des ressources en vue non seulement de la sustentation, mais pour le plaisir.

Aronnax, l'observation et l'émerveillement devant la profusion et la variété des espèces.

Nemo, l'identification totale à l'élément, avec ses profondeurs insondables, ses humeurs changeantes. Némo est l'homme qui refuse la civilisation, et cherche à se couper totalement de l'Humanité.

La vision écologique de Verne peut se résumer à cet extrait, chapitre XVII de la seconde partie :

Là vivaient en
famille plusieurs groupes de lamantins. C'étaient des manates qui,
comme le dugong et le stellère, appartiennent à l'ordre des syréniens.
Ces beaux animaux, paisibles et inoffensifs, longs de six à sept
mètres, devaient peser au moins quatre mille kilogrammes. J'appris à
Ned Land et à Conseil que la prévoyante nature avait assigné à ces
mammifères un tôle important. Ce sont eux, en effet, qui, comme les
phoques, doivent paître les prairies sous-marines et détruire ainsi les
agglomérations d'herbes qui obstruent l'embouchure des fleuves
tropicaux.

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« Et savez-vous, ajoutai-je, ce qui s'est produit, depuis que les hommes ont presque entièrement anéanti, ces races utiles ? C'est que les herbes putréfiées ont empoisonné l'air, et l'air empoisonné, c'est la fièvre jaune qui désole ces admirables contrées. Les végétations vénéneuses se sont multipliées sous ces mers torrides, et le mal s'est irrésistiblement développé depuis l'embouchure du Rio de la Plata jusqu'aux Florides ! » Et s'il faut en croire Toussenel, ce fléau n'est rien encore auprès de celui qui frappera nos descendants, lorsque les mers seront dépeuplées de baleines et de phoques. Alors, encombrées de poulpes, de méduses, de calmars, elles deviendront de vastes foyers d'infection, puisque leurs flots ne posséderont plus « ces vastes estomacs, que Dieu avait chargés d'écumer la surface des mers ». Cependant, sans dédaigner ces théories, l'équipage du _Nautilus_ s'empara d'une demi-douzaine de manates.

Tout est dit, n'est-ce pas ?

rouquayrol-denayrouze,jules verne,verne,nemo,20 000 lieues sous les mers,lamantin,oniriques,meyzieu,mer,océan,écologieEn "bonus", le scaphandre Rouquayrol-Denayrouze, invention précédant de quelques années seulement la rédaction du roman de Verne, le premier scaphandre autonome.