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16/08/2012

Ah, l'amour ! "L'art d'aimer", exposition au Palais Lumière d'Evian

Evian, peinture, Grand Palais, sorties, écrivain, peintre,romantisme,esquisse, Le Grand Palais d'Évian nous propose depuis plusieurs années des expositions qui méritent le détour. Me rendant de temps en temps dans ma Haute-Savoie d'origine (un "nationalisme savoisien" qui a pu se sentir dans mes romans je crois), je ne manque pas de jeter un œil sur la programmation en cours.

Le temps étant favorable, les augures bienveillants et mon après-midi libre, je me suis donc rendu à Evian pour découvrir "l'Art d'aimer".

D'emblée, la programmation hétéroclite affirme le mélange des genres comme loi. Du Moyen Âge à nos jours, il faut dire que le sujet est vaste, les modes d'expression variés. La maladie du zapping toucherait-elle désormais les musées ? Le tournis prend, à passer d'un lutinage du XVIIIe siècle, à un manga ecchi (érotique) ou à l'eau de rose, puis aux correspondances enflamées d'écrivains ou de leurs aimées…

Ah, pour un peu, on entre là-dedans en se disant que c'est une "exposition d'été". Fraîche, superficielle, sympathique. Une petite révision de ses classiques en quelque sorte, avant de retourner à la piscine…

Ce sont de belles pièces, et originales pourtant, que les créateurs de l'exposition ont rassemblé. Sans souci d'exhaustivité, et dans l'ordre chaotique de mes coups de cœur, citons : de superbes encres de Chine de Picasso, couples enlacés (pour moi il aurait pu s'arrêter à ces esquisses… le cubisme, bof… bref, je ne suis qu'un affreux béotien) — oh, et dans la pureté des lignes tant qu'on y est, citons le postimpressionniste Albert Marquet ! quelle sensualité — ; les cruelles "intimités" de Félix Valloton, sombres de déni ou blafardes de douloureuses révélations ; et puis surtout: la révélation d'un Courbet jeune, romantique, enflammé, à mille lieux de son réalisme d'enterrements et de tarte aux poils universelle ! Dans "Les amants dans la campagne", Courbet peint une œuvre que lui-même n'a pu oublier ni abandonner sa vie durant.

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Roll,peintre,peinture,ThaulowQuelle plus belle représentation de l'amour conjugal que ce portrait d'Alfred Roll du "Peintre Thaulow et sa femme" ? Il se penche sur elle, amusée elle regarde vers le bas. Dans cet instantané de vie on sent la complicité, une distance qui n'est qu'un autre nom, ici, pour l'équilibre apaisé, hors des tourments de la passion.

 

 

 

 

 

 

Dans un tout autre genre, on (re)découvre un La Fontaine pas moraliste pour un sou : "le Baiser rendu". Que l'on en juge, voilà le texte original (1685) :

Guillot passait avec sa mariée.
Un gentilhomme à son gré la trouvant: 
Qui t'a, dit-il, donné telle épousée ? 
Que je la baise à la charge d'autant. 
Bien volontiers, dit Guillot à l'instant. 
Elle est, Monsieur, fort à votre service. 
Le Monsieur donc fait alors son office; 
En appuyant; Perronnelle en rougit.
Huit jours après ce gentilhomme prit
Femme à son tour: à Guillot il permit 
Même faveur. Guillot tout plein de zèle: 
Puisque Monsieur, dit-il, est si fidèle, 
J'ai grand regret et je suis bien fâché 
Qu'ayant baisé seulement Perronnelle,
Il n'ait encore avec elle couché.

 Passons au niveau inférieur de l'exposition, parce que sinon nous y serions encore demain ! Ce sont des lettres, des correspondances déja signalées : Juliette Drouot, Gustave Flaubert, Théodore Géricault, Puccini… Romain Gary à Christel Kriland… Mots éphémères, mots éternels, mots sempiternels. Désir immédiat, suspendu en vol, préservé dans le temps, dont la lecture ne peut que ramener à nos propres vécus, et évoquer les plus intenses et les plus vivantes de nos heures.

Mention spéciale, après les romans-photos et les manga, à une plongée droit dans une quintessence de film noir et de ses femmes fatales : "Mean To Me", un court-métrage de 1936. 13 minutes de passion brute, destructrice. Les grands animaux égoistes que nous sommes tous, dès que le nom d'amant, d'amante peut nous être apposé. Dommage que le son, trop faible, empêche de vraiment entendre les dialogues…

On le voit, traverser sept-cent ans de représentations de l'amour force à renoncer à la moindre tentative de fil conducteur, d'unité sous-jacente. Mais n'en va-t-il pas ainsi de l'amour, cette matière infiniment renouvelée, cet universalisme protéïforme que renouvelle chaque baiser, que réinvente chaque promesse ?