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25/10/2013

Tebessa, 1956 par Laurent Cachard… un roman historique Lyonnais de superbe facture

lyon,tebessa,tebessa 1956, laurent cachard,cachard,croix-rousse,roman,romancierN'étant pas du genre à rédiger à tout bout de champ des critiques de livres, films et autres objets culturels , je préfère (largement) me consacrer quand j'en ai le loisir, à mettre en valeur des ouvrages qui, à mon sens, méritent le détour. Et poser les autres de côté, et n'en pas parler. Il y a assez de médiocrité ambiante.

Donc disons-le d'emblée, Tebessa, 1956 de Laurent Cachard m'a plu. Beaucoup.

La quatrième de couverture résume le propos : Gérard a vingt ans quand il se retrouve coincé dans une embuscade à Djeurf, dans le canton de Tebessa en AFN, ce 5 avril 1956.

Gérard n'est pas un foudre de guerre. Juste un gamin pris dans la tourmente, un gone de la Croix-Rousse qui, alors que l'encerclement ennemi se resserre, évoque comme un défi à la fatalité ses courtes années, la vie à peine éclose d'un qui n'avait, jusque là, connu que les rues de Lyon et les esquisses mal ébauchées de l'amour, quand on est un jeune homme ordinaire, un modeste fleuriste de la Croix-Rousse.

Ce n'est pas un roman de guerre — on n'y trouvera que peu de tactique, encore moins explication technique. C'est le cri du rêveur broyé dans la trop dure réalité. Un long cri, formé de toutes les pensées de celui qui ne peut, ne veut croire qu'il va, presque certainement, disparaître. Le tout servi par une belle langue, sans fioritures et sans recherche d'effet populaire... Jusqu'à la page finale, le coup de massue, le coup de poignard au cœur — que je ne révélerai bien entendu pas ici.

Me restent de la lecture, même après des mois (oui, oui, j'ai mis beaucoup de temps à coucher ces impressions par écrit), des images, des impressions fortes. L'arbre dans le lointain… c'est un signe indubitable de qualité. Ah, et puis Laurent Cachard m'a bluffé, vraiment, quand j'étais allé le voir pour un concert-dédicace à la librairie le Tramway. En quoi m'a-t-il bluffé ? Quand, au détour d'une phase, il a dit avoir eu tout à apprendre de la botanique dans la préparation du roman… à lire ses lignes, très naturelles, sur l'art et la science du végétal, je m'étais demandé s'il n'avait pas fait cela toute sa vie.

Chapeau, M. Cachard !

18/10/2012

Borgia, Borgias, etc… (4) deux classiques, par Hugo et Dumas

Dans ma petite exploration du traitement fictionnel des Borgia, je me suis penché aussi sur deux classiques du répertoire : 

(note à l'élève ou à l'étudiant qui a accédé à ce post par une recherche google "lucrèce borgia résumé" ou autre : tu sais, on peut dire avec une certaine certitude que si tu te contentes des résumés des autres, tu ne feras jamais grand-chose de ta propre vie. Alors LIS, par TOI-MÊME).

lucrèce borgia résumé,borgia,borgia critique série,borgias canal plus,hugo,victor hugoAlexandre Dumas… Les Borgia. Est-ce un roman ? plutôt un long résumé historique. Il faut reconnaître que ce texte, tiré d'une série sur les crimes célèbres de Dumas, n'est pas au niveau des grands moments que Dumas a laissé à la postérité. C'est plaisant à lire, sans plus.

lucrèce borgia résumé,borgia,borgia critique série,borgias canal plus,hugo,victor hugoAucun dialogue, une longue description de péripéties — On peut se réjouir de la documentation, fouillée, mais la recherche historique a forcément veilli depuis, et notre connaissance des Borgia s'est fort affinée et nuancée. Je n'ai malheureusement (ou heureusement) pas le temps de détailler point par point les divergences entre histoire et fiction — d'autres projets, en pagaille, me retiennent. Mais disons qu'on peut relire ces Borgia si l'on aime les synopsis… ou si l'on se passionne pour les textes préparatoires.

 


lucrèce borgia résumé,borgia,borgia critique série,borgias canal plus,hugo,victor hugoLucrèce Borgia, de Victor Hugo, c'est autre chose. La pièce de théâtre, écrite en quatorze jour, va droit à l'essentiel avec une superbe intelligence des situations. Avec sa maîtrise de la dramaturgie, Hugo place le récit à la fin des fins de la dynastie. Les fruits empoisonnés sont parvenus à maturité, ils ont été cueuillis et pressés, il faut les boire.

lucrèce borgia résumé,borgia,borgia critique série,borgias canal plus,hugo,victor hugoLucrèce Borgia est présentée en criminelle, incestueuse et assassine d'emblée ; mais une criminelle qui lutte encore pour se sauver, préserver malgré tout le peu de pureté qu'il lui reste. Son appel au repentir personnel est-il entendu ? Est-il sincère ? Survivra-t-il longtemps aux épreuves, alors que son passé et la terrible réputation de sa famille semblent conspirer à étouffer dans l'œuf cette rébellion contre un destin tracé.

On peut lire et relire "Lucrèce Borgia" de Hugo. Un drame, la lutte sans cesse reportée entre le passé et les espoirs qu'on a pu conserver. De la pâte Borgia, Hugo a tiré un pain assez roboratif, qui a le mérite, plus que le texte de Dumas, de tenir au ventre sur la distance…

 

29/09/2012

Les Tudor, saisons 1 & 2

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Pas de (longues) explications et digressions cette fois, comme dans le cas Borgia. Je me contenterai de cet article présent sur les deux premières saisons, et d'un autre consacré aux saisons 3 & 4.

Les Tudors, série américaine de la chaîne du câble Showtime, précède la version déjà évoquée ici des Borgia. Débauche de moyens, costumes et décors d'une qualité rarement vue dans une série télévisée… casting d'une absolue justesse : tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des monde dans le petit monde (dysfonctionnel) du roi d'Angleterre Henri VIII.

Mais qu'en est-il du scénario — l'aspect le plus important à mes yeux vous l'aurez compris — ?

Les deux premières saisons sont globalement une bonne surprise mais, hors des aventures sentimentalo-sexuelles du roi avec ses épouses et maîtresses, il n'y a pas assez à se mettre sous la dent. Oui, ce sont ces revirements, ces caprices même d'un roi avide de passion et affamé de sensualité qui ont fait basculer l'Histoire de l'Angleterre. Mais est-ce une raison pour ne faire tourner la série qu'autour de cela ?


Il y a tout de même, heureusement, des intrigues secondaires (Thomas Tallis, etc…) qui donnent un peu d'oxygène, des moments de poésie, de musique qui ajoutent l'indispensable grâce que toute vie de cour brillante devrait donner. Quelques scènes sortent du lot (la fin de la sœur du roi…). Mais, au final, c'est si peu ! J'ai en particulier regretté que les pamphlets du poète (l'ancien amant d'Ann Boleyn) ne soient qu'évoqués. Il eut été tellement plus intéressant d'avoir un peu de mordant, un peu de critique autour du roi : au lieu de cela, on est pris dans le cauchemar d'un autocrate… j'allais dire sans espoir d'en sortir. On est captif de l'ego sans borne d'Henry VIII, et rien ne semble susceptible de nous en tirer. Rien ?

Au final, le vrai personnage de cette série, c'est la Réforme Anglicane. Et c'est ce personnage-là qui donne un vrai intérêt à l'ensemble. On mesure la révolution dans les mentalités, le changement de paradigme énorme, hors de mesure, que représenta la scission de l'Église d'Angleterre d'avec la Papauté. Et il faut avouer que, de coup politique en stratégie matrimoniale, de placement d'amis en édit brutal, on sent parfois les secousses du tremblement de terre. Le seul vrai suspens de la série est celui-ci : la Réforme anglaise va-t-elle soulever le carcan des mentalités ? Comment ? Et pour quelles conséquences ?

La force de ces deux saisons repose à mon sens presque uniquement sur cette trame politique et religieuse. Avec une neutralité de traitement entre Catholicisme et Réforme: on sent bien que les auteurs se sont attachés à ne prendre à décrire sans prendre parti.

Rien que pour cela les deux premières saisons des "Tudor" méritent une vision… avec les reconstitutions et les habits de cour (les robes, les satins, les bijoux… tout a l'éclat du vrai. Le budget a dû être pharaonique !). A recommander donc. Pour ceux qui veulent le résumé, voici un petit document Arte rigolo :


24/09/2012

c'est lundi, c'est gargouillis (52)

Galerie de photos tirées des décors du Château Saint-Ange...

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Un monde aérien, onirique…

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Une belle Dame à la Licorne…

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De l'art comme rébus ésotérique…

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Détail : un faune…

22/09/2012

Borgia, Borgias, etc… (3) Manara et Jodorowsky s'en mêlent

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Pour être complet dans ma documentation, je n'ai pas hésité à prendre sur moi pour affronter les turpitudes Jodorowsky et de Manara. Car après tout, il faut bien être exhaustif, n'est-ce pas ? Je me suis donc sacrifié pour lire pour vous les délires sexuels et sanglants des deux monstres sacrés de la bédé européenne.

Etrange sensation que procure la lecture de cette série. Un dessin superbe, de grands plans virtuoses, des costumes et des décors impeccables… pour une succession de situations aussi phantasmatiques que… peu crédibles historiquement ou psychologiquement.

Que vais-je chercher là ? On me dira que le but n'est pas de faire une peinture historique ! Pourtant… pour tant le scénario a l'ambition, en plus de tout, de décrire l'ascension de la Famille, l'invasion de Rome par les Français etc…

C'est donc d'un étrange choc des cultures que procède cette série dessinée. A la fois historiquement documentée, elle se vautre dans le délirant et le fantasme adolescent.

Par certains points étrangement, on n'est pas loin des "classiques" du 19e siècle (Hugo…) dans la description du versant noir des Borgia, incestueux et criminels. Une réputation on l'a dit forgée par leurs ennemis, ici étalée avec un luxe de meurtres et de stupre.

manara,jodorowsky,borgia critique,borgia critique série,milo manara,borgiaBon il y a toujours les femmes de Manara. La femme dirais-je, car il ne varie guère dans ses beautés perverses et cernées. Mais ah ! Qui n'a pas connu ses premiers émois érotiques avec la bande-dessinée "le parfum de l'invisible" ne me comprendra sans doute pas… cela fait une Lucrèce Borgia diablement convaincante, dans le genre bacchante turpide.

manara,jodorowsky,borgia critique,borgia critique série,milo manara,borgiaLe versant Jodorowsky veut amener un parfum très "anticlérical" pourrait-on croire… à la bonne heure : les catholiques eux-même condamnent ce pape dévoyé et sa famille. Si Jodorowsky voulait frapper la papauté, il tire ici sur une ambulance. J'aime Jodorowsky dans ses délires mystiques et ses recherches sur le Tarot. Je ne goûte pas toujours sa vulgarité facile (la "caste des Méta-Barons", niveau dialogues, non, je ne peux franchement pas…). Là, je ne peux pas dire que son scénario confine au génie…

Une vraie histoire immorale, avec ses conséquences, resserrées sur un cadre plus intime, aurait été infiniment plus forte, et dérangeante. Ici, encore une fois, on ne dépasse guère le délire boutonneux.manara,jodorowsky,borgia critique,borgia critique série,milo manara,borgia

 

 

 

Bref… drôle de truc, que ce "Borgia"-là. Superbe et ridicule ; méticuleux, baroque, et vain.

14/09/2012

Borgia, Borgias, etc… (2) Les décors et les grotesques

 

champs flammarion,borgia critique série,borgia critique,borgias canal plus,borgias canal+,borgias critique,grotesques,renaissance,morel,art,philippe morel(Lien vers la chronique précédente ici)

J'aime passionnément Rome. La ville, entendons-nous. Il serait un peu exagéré de dire que c'est une seconde maison, une seconde patrie, mais ma tante y officie depuis longtemps en tant que guide, et j'ai donc l'immense chance de pouvoir y retourner assez régulièrement.

J'ai donc toujours un œil sur les reconstitutions, de toutes époques qui peuvent en être faits. D'où ma joie de voir le traitement des décors de la série Borgia / Canal+.

Ce qui m'avait un peu froissé dans la série Showtime, (celle avec Jeremy Irons) était le côté, en apparence, un peu superficiel de tous les éléments secondaires  — je l'ai dit, les créateurs ont fait de la Renaissance… sans art, sans musique, sans beaucoup d'architecture bref… sans beaucoup de Renaissance !

J'ai bien davantage apprécié le travail réalisé sous la férule de Fontana. Je ne sais pas comment ils ont fait (je ne suis pas un avide butineur des bonus DVD), sur les lieux et en reconstitution, mais quand les scènes se déroulant dans le Château Saint-Ange, on y est vraiment ! La demeure fortifiée des papes, ancien Mausolée de l'empereur Hadrien reconverti, reliée par un pont et un passage direct depuis le Vatican, est reconstituée dans ses intérieurs avec précision et justesse.

En particulier, on retrouve les figures grotesques qui furent la marque de ces temps.

borgia critique série,borgia critique,borgias canal plus,borgias canal+,borgias critique,grotesques,Renaissance,Morel,art,Philippe MorelOn pourra trouver une histoire détaillée de cet art du Grotesque dans un ouvrage classique, chez Champs Flammarion (on ne dira jamais assez de bien de cette collection aux couvertures jaunes), écrit par Philippe Morel. Bon, une grosse somme assez indigeste pour être honnête, et qui étudie le sujet sous tous ses aspects. Et du coup, pour rentrer en format poche, c'est écrit tout, tout petit…

Pour résumer, les grotesques procèdent d'un faisceau d'origines variées :

— monstres et merveilles des marginalia, ces marges décorées de fantaisies et de difformités des manuscrits médiévaux.

— influence de l'égyptomanie, et des interprétations erronées des hiéroglyphes égyptiens.

— Et surtout, influence directe des décors antiques, fresques fragiles miraculeusement préservées ça et là, qui enfantèrent une école entière de décoration des palais des puissants en Italie à la fin de la Renaissance.

champs flammarion,borgia critique série,borgia critique,borgias canal plus,borgias canal+,borgias critique,grotesques,renaissance,morel,art,philippe morelEn premier lieu, la célébrissime Maison Dorée de Néron, ou Domus Aurea. Le Palais, construit sous Néron en 64, fut enterré par les ennemis de l'empereur, et redécouverte vers 1480 (soit une dizaine d'années avant le début du récit de nos deux séries Borgia). Un jeune berger étant tombé dans un trou, on redécouvrit à cette occasion une des merveilles cachées de l'Antiquité, et bien des artistes du quattrocento finissant ou du cinquecento plongèrent tour à tour dans les entrailles de la terre pour s'abreuver à cette source drecte, inespérée.

On pourra voir ici une vingtaine de photographies actuelles de l'intéreur de la Domus Aurea : comme on peut le voir, corrosion et humidité ont fait des ravages en 500 ans.

Alors, entrevoir les grotesques du château Saint-Ange dans la série de Canal+, c'était un petit bonheur tout personnel… sauf que, sauf que… lesdites fresques sont postérieures et datées des pontificats de Jules II, Clément VII, Paul III… donc, postérieures de près de cinquante ans, pour certaines, au règne du pape Borgia Alexandre VI.

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(Le Château Saint-Ange à Rome, cliché N. Le Breton)

Ah, cruelle chronologie ! Infâme réalité historique ! Si Alexandre VI a bien bénéficié de la restauration du château par ses prédécesseurs Boniface IX et Nicolas V, restaurations qui lui ont permis en 1494 de survivre à l'invasion française, en revanche il n'a jamais vu les fresques qui l'ornent… pour l'excellente raison qu'elles n'existaient pas encore.

Ainsi, la version Showtime Borgias est finalement plus réaliste quand elle montre, par exemple une Basilique Saint-Pierre, au Vatican, à moitié en ruines et nécéssitant d'urgentes réparations. L'époque des Borgia est celle des balbutiements de la grande Renaissance…

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(Une galerie intérieure du Château-Saint-Ange, photo de l'auteur, prise sans flash je précise)

champs flammarion,borgia critique série,borgia critique,borgias canal plus,borgias canal+,borgias critique,grotesques,renaissance,morel,art,philippe morelDernier éclairage historique. A la fin de la Saison I de Canal +, une scène autour de la folie destructrice de  Cesar Borgia… dans les couloirs souterrains de la Domus Aurea (ci-contre). Mais du coup, on n'y voit pas les fameuses fresques antiques à l'origine du phénomène "grotesque". Un comble : là où justement on pourrait faire un raccord juste, historique, on s'en dispense. Caramba, encore raté, comme disait le général Alcazar…

Oui, je sais, il n'y a que des petits malins comme votre serviteurs pour voir la différence, je sais…

 

 

Allez, c'est décidé, je relance une série de "c'est lundi, c'est gargouillis…" sur les grotesques renaissance. Rendez-vous dès lundi prochain…

 

 

08/09/2012

Les Kennedy

les kennedy série,les kennedy,les kennedy série critiqueRécemment diffusée sur Arte, cette mini-série canadienne m'avait interpellé bien plus tôt, au point que je m'étais procuré le DVD. Bon, allez, avouons : c'était d'abord Katie Holmes en Jacky Kennedy qui m'avait incité à commander…

C'est une série qui m'a laissé un peu sur ma faim, disons-le d'emblée. Les premiers épisodes sont bons, très bons, et la thèse avancée, plutôt culotée (Joe Kennedy et Frank Sinatra — je n'en dis pas plus) avait l'immense mérite, en plus de faire une bonne histoire, de donner à penser : "et si c'était cela, l'origine de l'assassinat de JFK ?".

La crise de Cuba est très bien menée ensuite… et puis plouf ! on finit la série sans résolution, sans mener les idées à leur terme. Sur les derniers épisodes même, l'impression de tomber dans le roman-feuilleton, genre saga familiale un peu sirupeuse. Argh. Et bien entendu, aucune réponse vraiment satisfaisante du côté de ce-à-quoi-vous-pensez… c'est comme si le scénariste, Stephen Kronish, avait traité le clan Kennedy au vitriol puis, par peur des volées de bois vert, s'était soudain décidé à en faire une saga bien plus consensuelle.

Du point de vue strictement historique, je ne peux pas me prononcer, ne connaissant pas l'affaire JFK davantage que le citoyen moyen. Mais une batterie d'historiens ont remis en cause les thèses avancées. Reste à connaître les orientations et parti-pris de ces gens-là. Alors ? Une mini-série victime de trop de bonnes intentions, prisonnière des zones d'ombres et des intérêts divergents ? Et s'il était encore trop tôt pour évoquer les Kennedy au grand public ? C'est en tous les cas ce que l'on pense, apparemment, aux États-Unis : la série est restée inédite chez les premiers concernés.

les kennedy série,les kennedy,les kennedy série critiqueÀ voir pour les acteurs et actrices, qui donnent une prestation sans faute (ah, Katie ! D'accord, j'arrête…mais elle est vraiment époustouflante de ressemblance avec son modèle), à voir pour passer quelques soirées à se demander : "ah, si j'étais président des USA !"… mais guère plus.

01/09/2012

Borgia, Borgias, Lucrèce, César, etc… (1)

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De retour pour nous attaquer cette fois au Mythe des Borgia.

Car mythe, il y a bien. Qui tient certainement au fait que son second membre le plus célèbre, Rodrigo Borgia, pape sous le nom d'Alexandre VI, est dans l'imaginaire collectif l'incarnation de l'opposé absolu de ce que l'on attendrait d'un pape. Corrompu, et surtout connu pour ses frasques sexuelles et son népotisme. Comme souvent c'est le cas dans l'Histoire, il est bien difficile de faire la part des ragots, des médisances intéressées des ennemis, et de la réalité d'un personnage et de ses actes.

Son fils bâtard, César, immortalisé par Machiavel car ayant servi de modèle à son "Prince", est quant à lui le mieux connu, Sans oublier sa sœur Lucrèce et sa réputation sulfureuse — que cette réputation ait été justifiée ou nourrie d'une longue tradition de médisances.

Une matière de littérature (nous y reviendrons, en relisant Hugo et Alexandre Dumas) féconde, de bande dessinée (la série de Manara) et, ce qui nous occupe ici, pas moins de DEUX séries contemporaines.

Le fait est assez rare, en effet de voir en production deux séries faites en même temps, sur le même sujet. Dans ce cas, il y a une version franco-allemande, BORGIA écrite par l'américain Tom Fontana (Oz, Homicide), produite par CANAL+ ; et une version tenez-vous bien canadienne, hongroise et irlandaise, THE BORGIAS. Nous l'appellerons "version Showtime", du nom de son canal de diffusion américain. Cette dernière est réalisée par l'Irlandais Neil Jordan (Michael Collins, Prémonitions).

Les deux séries en sont à la saison un, ce qui en rend la comparaison d'autant plus intéressante.

 

borgia critique,borgias critique,borgias canal plus,borgias canal+,série,série télévisée,série télé,lucrèce,césar,rodrigoJ'ai dû commander la version Showtime spécialement. Elle n'a pas été distribuée en France.

La série, se décline en 9 épisodes de durée standard de 45 mn. Le fait est d'importance, car cela laisse une étendue fort réduite par rapport à la version Canal +.

Evidemment, évidemment, cette version est portée par Jeremy Irons, sans faute dans le rôle du pape Borgia. Mais si l'ensemble est plaisant — il faut y voir une suite assez jouissive de combats, d'intrigues et de bons mots fielleux — on reste quelque peu sur sa faim question contexte. Quid des décors (on en reparlera d'ailleurs, des décors…) ? Quid, surtout, de l'art et des artistes, dont les Borgia furent de grands protecteurs ?

En bref : une bonne série de cape, d'épée et d'intrigue, mais rien de roboratif intellectuellement. Alors, la majorité du public adhérera sans doute à une version qui va droit à l'essentiel, sans fioriture mais sans profondeur. Mais parler des Borgia sans parler de la Renaissance, à peine de la religion… quand même, zut, quoi !

 

borgia critique,borgias critique,borgias canal plus,borgias canal+,série,série télévisée,série télé,Lucrèce,César,RodrigoLa série version Canal + en deux mots, maintenant. Si, au début, la mise en place m'a fait très peur (les mises en situations sont un peu caricaturales, quand ce n'est pas… catastrophiques, comme l'affrontement des deux cardinaux à la table du repas par exemple), une fois que l'intrigue prend son rythme, tout devient infiniment plus convaincant. J'ai été bien davantage touché par cette version de César Borgia, écorché vif, jaloux de son frère, croyant torturé… hanté par une cruauté sans borne qui laisse deviner le condottiere en devenir sous l'habit ecclésiastique. Il y a plus de danger, infiniment plus d'enjeux chez ces Borgia-là. 

La série prend parfois le risque d'épisodes surprenants (le dernier épisode en intrigue de type polar…), et cherche à jouer entre vérité historique et légende noire des Borgia… parfois on entend un peu trop ces rouages-là grincer à mon goût, mais le parti a au moins le mérite d'être pris.

 

Pour conclure : aucune des deux séries ne "colle" à la réalité… et ce n'est pas ce qu'on leur demande. La série de Canal+ me semble plus approfondie et convaincante, sans pour autant parvenir à l'habileté jouissive des bons mots de la version Showtime. 

On reparlera : de Lucrèce, et de l'art à la Renaissance, donc…

27/08/2012

La Commanderie… une série du genre : trop rare (2)

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En complément de ma critique de la série La Commanderie, voici un lien vers une interview de Didier Le Pêcheur : c'est ici. "La série dont je suis le plus fier"… Au risque de me répéter, cette série est une des trop rares réussites complètes de la télévision française de cette dernière décennie. Est-elle condamnée à rester quasi-anonyme ?

14/07/2012

Rome (HBO) 2 : Les nombreux mystères de Cybèle

Nous retrouvons la série Rome de HBO

Dans le début de la série, Attia invoque la protection de Cybèle dans une cérémonie qui a été dénommée Fossa Sanguinis… cela se passe de traduction, surtout si l'on voit l'extrait en question :


S'il est certain que les disciples de la Déesse-Mère pratiquaient le Taurobole ou sacrifice de bovins, ainsi autel taurobolique,cybèle,lyonque l'attestent de nombreux autels de sacrifice (tel celui du Musée Gallo-Romain de Lyon) trouvés par les archéologues, en revanche la cérémonie telle qui montrée ainsi… est historiquement attestée en même temps qu'elle est fausse.

Je m'explique : la seule description de taurobole est due à Prudence, auteur chrétien, vers 400 après Jésus-Christ — autrement dit, une génération après la disparition à peu près complète de ce type de sacrifice. Et la scène du fidèle — ou du prêtre selon — arrosé de sang semble bien être une pure invention littéraire chrétienne, destinée à bien démarquer l'horreur du "baptème" païen, de la pureté de celui des chrétiens. Dans la réalité, on se contentait de saigner un animal, et de laisser le sang couler au sol, en offrande aux dieux souterrains — ce qui n'est déjà pas mal pour les âmes sensibles. Cette invention littéraire étant devenu, comme souvent, une vérité prise au pied de la lettre… les auteurs de la série ont donc fait une erreur historique, mais une erreur qui relève, en fait, d'une tradition bien établie avant eux.

Oh, le Culte de Cybèle était assez folklorique, par ailleurs. Ses prêtres, des non-romains connus sous le nom de Galles (galloï en grec) s'auto-émasculaient pour la fête de printemps, offrant leurs attributs virils à la Déesse-Mère, et parcouraient la ville en hurlant, drogués jusqu'aux yeux, avant de jeter lesdites parties dans une maison. Ce qui était censé être un grand honneur pour la demeure ainsi sanctifiée… si, si je vous assure…

On a pensé pendant longtemps que les bâtiments en ruine au-dessus des théâtres de Lyon correspondaient à un Temple de Cybèle. Il faut oublier cette thèse qui a vécu — en fait, le consensus archéologique actuel identifierait ces murs comme les restes de la demeure du préteur (de prae itores, "celui qui marche devant", ou gouverneur militaire). Nettement moins folklorique, vous ne trouvez pas ?cybele.jpg

22/03/2012

Rome (HBO) 1 — Quand Conan le Barbare rencontre Lucien Jerphagnon

51MFQBY314L._SL500_AA300_.jpgS’il y a eu une série historique à voir dans la décennie écoulée, c’est celle-ci. Je n’exagère pas, rarement on aura atteint une telle excellence au niveau décors, acteurs, dialogues et situations. Rome, C’EST Rome, si l’on me passe l’expression. C’est la Rome antique à laquelle on a redonné vie. Personnellement, c’était comme si toutes mes lectures sur Rome et l’Antiquité (et depuis le temps, il y en a un certain nombre…) s’incarnaient en un tout cohérent. J’ai aussi été surpris par les décalages, bien sûr, quelques libertés prises avec l’exactitude sociale, historique. Surpris, mais pas choqué.

(Je reviendrai en détail sur certains éléments de la série, sur des scènes ou des personnages qui me semblent importants à ce point de vue : Atia et le Culte de Cybèle, etc…)

 

Dans mes quelques recherches sur la série, je suis tombé sur cet article sévère du Monde Diplomatique, signé d’une universitaire, Florence Dupont. A la lecture de cette critique au vitriol, j’ai été frappé par le décalage entre les attentes universitaires, et ce qui me semble relever des nécessités de la dramaturgie. Oui, la série est, au sens strict, sur la forme, fausse. Mais ma perception est que l’esprit, lui, est en bonne partie là. Et ce n’est déjà pas mal.

 

Je ne rentrerai pas dans le débat, de suite, entre une restitution stricte des évènements (le travail des historiens), et une intrigue romancée. La bonne fiction historique, procède idéalement d’un compromis réussi entre ces deux pôles opposés.

 

Avec tout le respect que j’ai pour l’Université, je pense que Mme Dupont demande ici à un cerisier de donner des fraises. 

Je citerais Lucien Jerphagnon, dans l’introduction de son livre Histoire de la Rome Antique (Hachette littératures coll. Pluriels) : « Imaginez qu’un dernier être pensant ait fini d’oublier Rome ; alors non seulement Rome aura cessé d’exister, mais elle n’aura même jamais existé. »516ZL9EQI2L._SS500_.jpg

L’enjeu véritable n’est-il pas que, grâce à des séries comme « Rome », la Rome l’antique regagne un peu de couleurs, d'existence ?

Sans des fictions qui tiennent en haleine les « masses », qui leur donne une vision (même imparfaite) du passé, celui-ci est condamné aux Limbes. Ou alors, pour paraphraser Gerphagnon à la suite : la connaissance des classiques est-elle condamnée à devenir l’apanage d’un cercle toujours plus restreint de lettrés ?

En fait, au fond, la fiction historique est, nécessairement, une illusion. Nulle culture ne peut se projeter dans une autre, et ce qu’une société évoque de son passé n’est, souvent, guère autre chose qu’un miroir qu’elle se tend à elle-même. La fiction cherche a priori des solutions actuelles à des problèmes actuels.


La seule nuance réside dans la qualité de l’écriture, l’implication et la sincérité de l’approche. Or, s’il y a une qualité que l’on peut prêter à l’instigateur du projet John Milius (scénariste entre autres d’Apocalypse Now, réalisateur de Conan le Barbare, l’Adieu au Roi…), c’est la sincérité. John Milius, par sa recherche "mythologique", sa réflexion sur le violence qui nous habite, sa fascination pour l'homme débarassé des oripeaux de la civilisation, a impulsé au projet une vision certes sauvage, certes imparfaite… mais, au final, tellement "romaine" dans sa générosité et sa cruauté ?

 

Un extrait de séance au Sénat… en VO, mais je suis un vil snob qui ne regarde les séries qu'ainsi !

On peut reprocher bien des choses à la série Rome de HBO. Mais elle a le mérite indéniable de montrer ce qui n’avait jamais été vu à la télévision jusque là. Et cela seul, sans même évoquer la perfection des acteurs et actrices (Tobias Menzes — si cet interprète de Brutus ne vous émeut pas… David Bamber en Cicéron ; Polly Walker en Atia ; et un Ciarán Hinds inoubliable en César…), cela seul, donc, mériterait les prix innombrables que la série à décroché.

Où, dans un des grands Péplums de la MGM, à t’on vu une séance du Sénat ? Une cérémonie de la religion païenne ? Le peuple de Rome et ses crieurs publics, ses bouchers, sa vie quotidienne ?MV5BMTIwODk0NzQzNV5BMl5BanBnXkFtZTcwOTEzOTc0MQ@@._V1._SY317_.jpg


Ah, nous y reviendrons…