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22/03/2012

Rome (HBO) 1 — Quand Conan le Barbare rencontre Lucien Jerphagnon

51MFQBY314L._SL500_AA300_.jpgS’il y a eu une série historique à voir dans la décennie écoulée, c’est celle-ci. Je n’exagère pas, rarement on aura atteint une telle excellence au niveau décors, acteurs, dialogues et situations. Rome, C’EST Rome, si l’on me passe l’expression. C’est la Rome antique à laquelle on a redonné vie. Personnellement, c’était comme si toutes mes lectures sur Rome et l’Antiquité (et depuis le temps, il y en a un certain nombre…) s’incarnaient en un tout cohérent. J’ai aussi été surpris par les décalages, bien sûr, quelques libertés prises avec l’exactitude sociale, historique. Surpris, mais pas choqué.

(Je reviendrai en détail sur certains éléments de la série, sur des scènes ou des personnages qui me semblent importants à ce point de vue : Atia et le Culte de Cybèle, etc…)

 

Dans mes quelques recherches sur la série, je suis tombé sur cet article sévère du Monde Diplomatique, signé d’une universitaire, Florence Dupont. A la lecture de cette critique au vitriol, j’ai été frappé par le décalage entre les attentes universitaires, et ce qui me semble relever des nécessités de la dramaturgie. Oui, la série est, au sens strict, sur la forme, fausse. Mais ma perception est que l’esprit, lui, est en bonne partie là. Et ce n’est déjà pas mal.

 

Je ne rentrerai pas dans le débat, de suite, entre une restitution stricte des évènements (le travail des historiens), et une intrigue romancée. La bonne fiction historique, procède idéalement d’un compromis réussi entre ces deux pôles opposés.

 

Avec tout le respect que j’ai pour l’Université, je pense que Mme Dupont demande ici à un cerisier de donner des fraises. 

Je citerais Lucien Jerphagnon, dans l’introduction de son livre Histoire de la Rome Antique (Hachette littératures coll. Pluriels) : « Imaginez qu’un dernier être pensant ait fini d’oublier Rome ; alors non seulement Rome aura cessé d’exister, mais elle n’aura même jamais existé. »516ZL9EQI2L._SS500_.jpg

L’enjeu véritable n’est-il pas que, grâce à des séries comme « Rome », la Rome l’antique regagne un peu de couleurs, d'existence ?

Sans des fictions qui tiennent en haleine les « masses », qui leur donne une vision (même imparfaite) du passé, celui-ci est condamné aux Limbes. Ou alors, pour paraphraser Gerphagnon à la suite : la connaissance des classiques est-elle condamnée à devenir l’apanage d’un cercle toujours plus restreint de lettrés ?

En fait, au fond, la fiction historique est, nécessairement, une illusion. Nulle culture ne peut se projeter dans une autre, et ce qu’une société évoque de son passé n’est, souvent, guère autre chose qu’un miroir qu’elle se tend à elle-même. La fiction cherche a priori des solutions actuelles à des problèmes actuels.


La seule nuance réside dans la qualité de l’écriture, l’implication et la sincérité de l’approche. Or, s’il y a une qualité que l’on peut prêter à l’instigateur du projet John Milius (scénariste entre autres d’Apocalypse Now, réalisateur de Conan le Barbare, l’Adieu au Roi…), c’est la sincérité. John Milius, par sa recherche "mythologique", sa réflexion sur le violence qui nous habite, sa fascination pour l'homme débarassé des oripeaux de la civilisation, a impulsé au projet une vision certes sauvage, certes imparfaite… mais, au final, tellement "romaine" dans sa générosité et sa cruauté ?

 

Un extrait de séance au Sénat… en VO, mais je suis un vil snob qui ne regarde les séries qu'ainsi !

On peut reprocher bien des choses à la série Rome de HBO. Mais elle a le mérite indéniable de montrer ce qui n’avait jamais été vu à la télévision jusque là. Et cela seul, sans même évoquer la perfection des acteurs et actrices (Tobias Menzes — si cet interprète de Brutus ne vous émeut pas… David Bamber en Cicéron ; Polly Walker en Atia ; et un Ciarán Hinds inoubliable en César…), cela seul, donc, mériterait les prix innombrables que la série à décroché.

Où, dans un des grands Péplums de la MGM, à t’on vu une séance du Sénat ? Une cérémonie de la religion païenne ? Le peuple de Rome et ses crieurs publics, ses bouchers, sa vie quotidienne ?MV5BMTIwODk0NzQzNV5BMl5BanBnXkFtZTcwOTEzOTc0MQ@@._V1._SY317_.jpg


Ah, nous y reviendrons…