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21/12/2011

Les Lyonnais… à bonne fiction, mauvaise réalité ?

les lyonnais, critique, cinéma, visites, visites guidées, lyon, années 70Je suis allé voir ces jours "Les Lyonnais", d'Olivier Marchal. Il est évident que je me devais de le faire, comme la visite des "Grandes Affaires Criminelles" se base en partie sur cette affaire du Gang des Lyonnais et que nous faisons un arrêt en particulier à l'emplacement du bar "le John" qui aurait été, semble-t-il, la pomme de discorde entre Jean Augé et Momon Vidal, le charismatique meneur du "Gang".

Ne boudons pas notre plaisir, c'est fait avec maestria, et l'on souhaiterait plus souvent voir des films français aussi bien ficelés et empaquetés. Reconstitutions, dialogues, costumes, action… pas de fausse note, pas de couac.

Alors, disons-le tout de suite, je ne suis pas un spécialiste de la période, que je ne l'ai pas connue et pour cause (j'étais fort occupé à naître en 1973…), mais, mais, mais… une désagréable sensation ne m'a pas quitté du long du film. Une sensation de complaisance.

En fait, en tant qu'auteur, je trouve ce "travail sur la réalité" intéressant. Comment aurais-je présenté les choses si j'avais eu à m'atteler à un tel projet ? La ligne est mince, entre la connivence avec son sujet, la nécessaire empathie avec les personnages, et l'hagiographie. Surtout si le bonhomme est encore vivant. Alors, on a une partie du film (les flashbacks) ou ce qui est avéré est dit, avec de légers décalages pour des raisons de cinégénie (Augé tué sur le parvis de Saint-Jean au lieu du complexe Lyon-Plage…) et — je suppose — pour éviter d'incriminer les survivants dans des affaires qui n'ont pas été jugées. Ainsi, sans trop en révéler, de l'assassinat de "Joan Chavez", nom de fiction rappelant un certain Joanny Chavel qui lui, dans la réalité a… disparu sans laisser de traces, alors qu'il semble bien qu'il menaçait directement Momon Vidal et les siens. Tiens donc… Bref on a droit à l'assassinat "probablement-historique" dans le film, mais comme un nom modifié change tout, on ne pourra pas inciminer Vidal… ah, suis-je bête, et la prescription, alors, c'est pas fait pour les cochons, non ? (les spectateurs du film me comprendront).

Et puis on a un second film entremêlé, qui est cette fois une totale fiction, avec règlements de comptes sanglants en pagaille, où un Momon Vidal mythifié, plus grand que nature et toujours, toujours, fidèle à ses idéaux, sa famille, ses amis, sa femme etc… sort de ses gonds parce que lui, c'est pas un gars à qui on cherche des poux. Bref, on est à la limite d'un synopsis de film de Steven Seagall. Allez, j'ai la dent dure. Super-Momon, admettons. Pourquoi pas. 

Au final, un film assez déroutant par ses choix : on a l'impression qu'Olivier Marchal est resté prisonnier du mythe "Momon Vidal", un mythe qui s'est définitivement gravé dans la mémoire lyonnaise et nationale le jour où le fier gitan, qui avait mis la police sur les dents pendant plusieurs années, se voyait condamné à "seulement" dix ans de réclusion par le tribunal, alors que tout le monde attendait "la perpète".

Je ne sais pas qui est, qui était Momon Vidal. Je ne sais de ces affaires que ce que j'en ai lu, côté truands (Hubert Nivon, La Saga des Lyonnais), ou côté journalistes. Mais n'est-il pas toujours un peu hasardeux d'ériger la statue d'un homme de son vivant ?

Alors, "Les Lyonnais", à bonne fiction, mauvaise réalité, ou à bonne réalité, mauvaise fiction ?

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