01.06.2008

Le zodiaque imaginaire (3)

2080934316.gifBestiaire d’Alexis Nevil
Dans une autre vie, je m’appelais Alexis Nevil. J’aspirais à être écrivain de science-fiction, et avais pris un pseudonyme à consonnance (vaguement) anglo-saxonne. Restent une douzaine de nouvelles et deux petits romans que je ne renie pas tout à fait quand même. Pour les faire (re)vivre un peu, je présenterai donc ici le Bestiaire, publié dans les pages de la revue Faëries en douze épisodes. De ce Bestiaire, et ce sera le mot de la fin, je ne publierai que la description de la bête elle-même, et non le texte de l’épisode-nouvelle qui y était joint. Il est de mon intention en effet de réutiliser en partie, un jour, ces 12 épisodes d’aventure et de poursuite… dans un autre contexte.

Rendez-vous le mois prochain (une nouvelle bête sera mise en ligne chaque 1er du mois...)


 

 

 

1297827618.2.jpg
  
Troisième signe : le Chèvrepied

1573150314.jpgIllustration : le chèvrepied…
sépulture de Ohr le Drôle : la tête-pistil en fut sculptée par
Kia-Ra “feu des forges”, Alchimiste de la Cité de Métal ©Alexis Nevil 2001

yagiatama-no-kusa — ou han-men-shokk pour les langues J’Ninn. Littéralement “herbe (à tête de) chèvre”, ou “plante de presque-visage”.
Sah-tu-ros - dans la Langue Gnomique des Légendes, ou Dialecte de Karragze (signification littérale inconnue).

Il n’est nul besoin de dire combien est sacré le Chèvrepied, pour nous autres J’Ninn.
Les fleurs des Chèvrepieds, avec leurs trois langues cristallines - l’une glissant vers le bas, les deux autres arpentant vers le haut-leur donnent une ressemblance frappante avec les têtes de caprin. L’étrange touffe de poils qui leur pousse au menton, leurs paires d’oreilles pointues sont parfaitement imités.
Or, selon les dits et légendes les plus anciens, la chèvre est la seule à survivre, de toutes les espèces apportées par les Ascendants dans leur arche. Cela veut-il dire que le Chèvrepied lui aussi est une de Leurs créatures ? Son caractère sacré, dans nos usages, inciterait à penser que oui.
Il est une autre piste de réflexion intéressante. Les marchands de la Ville Itinérante usent beaucoup de ces animaux appelés Boucs Bâtards ; bien sûr, c’est un mystère en lui-même que cette race hybride, à mi-chemin exact entre le J’Ninn et la chèvre. Mais il existe à leur sujet une légende intéressante, que j’ai entendue parmi Ceux-des-Pierriers, dans les Collines Noires : certains des Boucs Bâtards qu’enfanta la Matrice des Ascendants n’auraient pas supporté leur sort, l’horreur de n’être que des enfants laids, et dépourvus d’intelligence. Ils auraient, ainsi, préféré vivre en plantes plutôt qu’en animaux, se muer en yagiatama no kusa.
Le Chèvrepied préserve les morts du néfaste appétit des vers, des nezori et autres nécrophages. Elle les protège de l’affront de l’Animalité : alors que le corps passe par les neuf stades de la mort, elle l’empoisonne tout en s’en nourrissant. Nulle créature, sauf une autre de ses congénères, ne peut se repaître après elle.
Sur son usage dans nos rituels mortuaires, point n’est besoin de s’étendre : nous avons tous pu assister au cérémonial de la Mise en Faille (car telle est la loi du monde, qu’il ne puisse y avoir de vie sans affliction).
Les Conjonctions Lunaires de Kodenn placées sous l’augure du Chèvrepied sont réputées être des moments où sont testés — et récompensés — la persévérance, l’obstination, la volonté de survie. Et les dangers propres à ces périodes sont nommés : pessimisme, caprice et pusillanimité. On retrouve là les caractères bien connus de la chèvre et du bouc bâtard. Il est certains calendriers qui font d’ailleurs de yagi (“la chèvre”) le troisième signe du zodiaque des Ascendants, en lieu et place du Chèvrepied.

“Tératologie des bêtes et phénomènes des contrées centrales”
par Hon-Dhui Deux-Pics, capitaine de la compagnie Pourpre.
Extrait de la Grande Encyclopédie du Devin.

 

Écrire un commentaire