02.03.2008

Un extrait

1153938322.jpgVoici un extrait du roman — un teaser, comme on doit dire maintenant : il s'agit de la "grande introduction" de la première partie.

 

"Le corbeau prit son envol d’un brusque coup d’aile.
Avec les premiers frimas, un épais brouillard était descendu et une lueur sépulcrale trahissait la proximité de l’aube. Le silence régnait à cette heure sur les ruelles de boue glaciale. Le corbeau contourna les toits biscornus des habitations humaines, puis ce fut la Saône.
En traversant la rivière, le corbeau quittait ce que les hommes appelaient : l’Empire Germanique. Il franchissait l’invisible frontière qui démarquait ce dernier du Royaume de France. Mais des limites et des territoires des hommes, le corbeau ne se souciait guère. Il allait prendre son poste d’observation quotidien : il longea une rue chaotique, en direction du sud, battit des ailes pour ralentir et, avec la précision de l’habitude, atterrit sur le toit de tuiles d’un grand portail fermé.
La muraille de gauche et de droite du portail représentait une autre frontière sans signification aucune pour le corbeau. Il se posa sur la porte au moment précis où, comme chaque matin, le pêne, libéré par la grande clef, faisait entendre son claquement sec.


Anselmus le portier poussa de toute la force de ses petits bras et jambes. À peine plus haut qu’un enfant de douze ou treize ans, il s’arqueboutait pour, centimètre après centimètre, libérer un vantail quatre à cinq fois grand comme lui.
Guillaume de Rochefort, doyen* des chanoines* se tenait en retrait derrière le petit homme. Il aurait pu l’aider dans sa tâche, mais son haut rang le dispensait de tels efforts. Son épais manteau de fourrure retournée couvrait une chape délicatement brodée et rehaussée de pierres précieuses. Une aumusse courte et plate protégeait son crâne tonsuré. Ses rares cheveux blancs tombaient mi-longs sur ses épaules fatiguées de trop d’hivers humides. Le doyen gelé se bornait, pour l’instant, à scruter chaque silhouette qui passait, fantomatique, dans l’écartement des portes."

extrait de : Nicolas Le Breton, le Maitre des Gargouilles, © ed. Moutons Electriques, Lyon, 2008. 13€
Ne pas reproduire sans mention de l'origine du texte.

* les termes signalés d'un astérisque sont détaillés dans le lexique joint au roman.

Petite note : il ne s'agit pas de la version définitive qui est présentée ici. La correction finale ayant été faite par l'éditeur, il y a quelques modifications par rapport à ce que vous lisez ici. Disons que c'est pour vous donenr l'esprit du texte...

UN SECOND EXTRAIT SERA MIS EN LIGNE LE 11 MARS, À MIDI ! 

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